Entre-trois

A s’éparpiller on ne crée plus rien. Voilà un adage auquel je me suis pliée lorsqu’il y a quelques temps je me suis remise au tricot. J’ai produit une règle à l’époque : pas plus d’un en-cours, un projet à la fois, d’où se sont induits un achat de laine et pas plus, pas d’achat sans projet. Ces dernières règles, je les suis toujours. Pour l’originel, il faut repasser, et la chose m’a donné matière à réfléchir.

C’est que la règle de l’en-cours était valable pour la lecture aussi. Que je suis aujourd’hui partagée entre trois livres et trois projets de tricot. Pas deux on notera, ce serait trop facile, il suffirait de trouver un équilibre, de mettre en route le métronome pour avancer, on choisirait son rythme et hop, un chapitre ici, trois là, une section d’icelui, quelques rayures de celui-là. Avec un peu d’astuce, les deux rythmes se calqueraient, on s’amuserait à observer la même marche dans les livres et avec les aiguilles, on suivrait, somme toute, son vieux penchant pour l’analogie et ce serait simple. Or non.

Je me suis dessiné sans le savoir pour chaque domaine un triangle, une zone à trois bornes, que je parcours avec beaucoup de lenteur. Deux drôles de pays que j’arpente sans savoir ce que j’y cherche, sinon que je cherche, et que c’est long, voire bon.

Triangle tricotesque, le voici, en trois temps :

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Première base, un pull, stoppé net après que j’ai rejoint les deux parties du col, à huit rangs de la séparation du corps et des manches. L’étape est toujours ardue, les rangs sont longs, les plus longs du projet, on s’essouffle, la côte est raide. Pourtant j’ai pu constater, avant de m’arrêter, que le pull donnait exactement ce que je voulais en termes de profondeur de col, de largeur aussi, de tombé sur les épaules. J’ai constaté donc que le projet s’annonçait drôlement bien – force d’attraction – et me suis arrêtée car il faisait très froid. C’est que le fond de l’air du temps a un pouvoir suggestif très puissant. Nécessité de s’emmitoufler, voici la seconde base :

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Echarpe fantasmée kilométrique dont les avantages sont multiples : on écoule les restes de laine, on tricote son numéro d’aiguilles fétiche, on joue avec la longueur des sections, on associe/dissocie les couleurs à l’infini. Je me demande encore comment, parée de tous ces atours, l’écharpe n’est pas déjà autour de mon cou. Or je ralentis, ralentis, ralentis.

La troisième base est virtuelle, c’est un pull et une arme. Prévu dans une laine islandaise qui me garantit du froid et range toutes mes hésitations, le  Lila de Madder,  fait bien office de ligne d’horizon, mais n’accélère pas la manœuvre, non. On dirait que la stratégie de la carotte, vieille ficelle, n’a pas de prise sur moi.

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Triangle littéraire, le voilà, et je parlerai d’eux plus tard, ce post est déjà bien assez long :

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On pourrait se dire que c’est beaucoup de mots pour dire qu’on ne fait pas grand-chose mais ce serait sévère : à errer dans ces zones blanches, je photographie, discute, vois des films, écoute la radio, fais des collages, marche, et écris.

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